Jeîta ou murmure des eaux suite concrète en 17 mouvements

 
  • Année 1970
  • Durée 00:40:00
  • Référence catalogue 42
  • Concert
  • œuvre stéréophonique
  • œuvre documentée
  •  
Création


Paris, Halles Baltard
Journées-Rencontres du Grm

Liste des morceaux

Première série

  1. 1 murmure des eaux
  2. 2 cloches fossiles
  3. 3 murmure des abeilles de pierre
  4. 4 bouche d'ombre
  5. 5 rêverie de la multiplication
  6. 6 le vaisseau nadir
  7. 7 oracle
  8. 8 murmure des eaux
  9. 9 l'eau verticale
  10. 10 ailleurs

Deuxième série

  1. 11 rêverie de la résonance
  2. 12 'eau-forte'
  3. 13 murmure des dentelles d'eau
  4. 14 intervalles d'eau
  5. 15 écritures murmurées
  6. 16 oracle
  7. 17 murmure des eaux
Notes

Le découvreur de la grotte de Jeîta, près de Beyrouth au Liban, Sami Karkabi, avait demandé au compositeur des Espaces inhabitables une musique pour son inauguration en 1969. Ce fut Nadir, 1968 (cat. 37), pour soprano, ténor, basse, clarinette basse, guitare, ondes Martenot et percussion, dont la création eut lieu dans la grotte le 11 janvier 1969, sous la direction de Konstantin Simonovic. À cette occasion, François Bayle réalisa des prises de sons dans l’espace même de la grotte (percussions sur les stalactites, bruissements des eaux, etc…) qui sont le point de départ de cette suite. Jeîta, dont le nom signifie “ murmure des eaux ” en araméen, interroge le paradoxe de cette intime et nocturne conjonction entre dureté et fluidité (l’opposition fluide-solide qui était déjà à l’œuvre dans jardins de rien), paradoxe que résume peut-être le titre de l’un des mouvements : l’eau verticale. On se souvient du poème de Ponge : “ Plus bas que moi, toujours plus bas que moi se trouve l’eau (…). Elle s’effondre sans cesse, renonce à chaque instant à toute forme ”. La voici ici, au contraire, prendre forme au prix d’une durée très longue et par un phénomène invisible que cette musique glacée et lustrale nous rend sensible. A cette très lente élaboration et transmutation d’une pierre fluidifiée et d’une eau pétrifiée, cette musique répond comme une phénoménologie de l’invisible : un temps à la fois figé et véloce, un univers sonore du petit et du ténu, aux sonorités parfois minuscules, aux folies rythmiques microscopiques (battements aussi légers que ceux d’ailes d’insectes), aux sons à l’énergie intense et contenue, aux nappes étincelantes. Son découpage en dix-sept mouvements séparés (certains sont enchaînés) donne la sensation d’un labeur sans cesse recommencé, plutôt que celle d’une durée plane. Jeîta correspond aussi, chronologiquement, à l’arrivée dans les studios du Grm des premiers synthétiseurs, qui permettent au compositeur ses trames aiguës et ses textures scintillantes qui sont l’une des “marques” de sa sonorité.