La Preuve par le sens L'Expérience Acoustique III

 
  • Année 1971
  • Durée 00:31:15
  • Référence catalogue 46
  • Concert
  • œuvre stéréophonique
  • œuvre documentée
  • œuvre suite
Création


Menton
Festival
mvts 8-9 : Bourges, Festival, le 18 juin 1971

Liste des morceaux

  1. 8 la langue inconnue
  2. 9 intervalles bleus
  3. 10 uirapuru
  4. 11 l'écriture acoustique
  5. 12 it
Notes

Démonstration d'écriture avec les sons : l'orientation est lisible — elle donne du sens aux sons. Mais en quoi le fait que les sons prennent sens nous renseigne-t-il sur la nature du lien entre ces sons et ce sens ?

8. la langue inconnue, (10')
Cette langue serait celle des sons, justement. Elle ne ressemble pas à l'articulation des phonèmes de nos langues humaines. Elle se présente en une seule coulée, au contraire, agglutinante, tellurique et hallucinée, à la fois massive et curieusement évidée en son centre : cette jungle est aussi un ventre. L'ostinato rythmique sans cesse varié est accompagné d'une scintillation aiguë qui suit et fascine à distance, — comme un objet impossible à distinguer nettement à cause d'un surcroît de lumière. “ Je voulais provoquer les mêmes états [que ceux de certaines drogues] sans avoir pour autant besoin d'exotiques champignons ” (Bayle) — Le crescendo parvenu à son terme, la musique s'effondre sur elle-même, offrant très brièvement la brèche (effraction du sens ?) d'un aperçu enfin libre sur le “paysage”.

9. intervalles bleus, (7')
Un tissage aigu de fins entrelacs de sonorités diaphanes et acides nourrissent l'oreille, la retiennent, la captivent (la “débordent”, une fois encore). Des failles s'ouvrent, laissant surgir les phonèmes incompréhensibles d'une grosse voix. Cela s'enfle et s'accumule avant de se dissiper, nuage serré, arche et arrachement matériologique. La fine trame aiguë et menaçante se referme comme une eau sur l'événement englouti, en une course infinie du son.

10. uirapuru, (4')
Mouvement méditatif tout en mixages et tuilages, où s'entend le chant de l'oiseau uirapuru du Brésil — qui l'entend doit mourir bientôt, dit-on… (Ce mouvement reprend le troisième des rêves d'oiseau, nommé préalablement Oiseau Zen. Cf ci-dessus, Trois rêves d'oiseau, 1971.)

11. l'écriture acoustique, (7')
Arabesques acides, mouvements graves, motifs mélodiques, ponctuations et phrasés : ce mouvement est une démonstration brillante d'écriture acoustique.

12. it, (3')
Ce court mouvement termine le chapitre III, à la façon dont solitioude et journal terminaient les deux précédents. Il utilise la pratique du “sampling” ou échantillonnage avant la lettre (c'est-à-dire avant l'apparition des échantillonneurs). Il est constitué de sons voyants, très riches en harmoniques et très “électriques”, successivement étranglés et épanouis par filtrage, et de fragments de voix répétés et variés. Les bruits percussifs de bouche sont ceux de Robert Wyatt (batteur des Soft Machine), tandis que Kevin Ayer murmure continuellement “ I did it again ”…