Grande Polyphonie
- Année 1974
- Durée 00:37:00
- Référence catalogue 62
- Concert
- œuvre stéréophonique
Paris, Maison de Radio France
Perspectives du XXème siècle
- 1 appel
- 2 aux lignes actives
- 3 aux notes répétées
- 4 au jardin
- 5 figures doubles
- 6 grande polyphonie
- 7 rappel
L'univers sonore de la pièce est voisin de celui des Vibrations composées, dont elle est contemporaine (les Vibrations devaient à l'origine se terminer par cette Grande polyphonie, qui est finalement devenue une pièce autonome). La notion de polyphonie, travail sur la simultanéité de l'écoute, de même que le composé des Vibrations, est le projet d'une ascèse et d'un resserrement, l'inventaire des ressources et des possibilités apprises des expériences acoustiques antérieures.
La pièce comporte cinq mouvements encadrés d'un appel, en guise d'ouverture, et d'un rappel qui la clôt — battue de cloches et résonances grésillantes. Aux lignes actives (mouvement 1) trace des lignes claires qui évoquent la fluidité et mobilité du larsen de Pierre Henry (Le Voyage). Mais le propos est différent : il ne s'agit pas ici de la contemplation d'un unique son sinueux qui découpe l'air, mais d'un chant des limites, d'un enchevêtrement de flux entrecroisés, d'un contrepoint de lignes. Aux notes répétées (mouvement 2) reprend l'appel initial comme “en mineur”, voilé et accompagné d'un essaim de sonorités douces. Au jardin (mouvement 3), un frisson aérien, fragile et irisé nous effleure, ponctué d'éclats brefs et lumineux : cordes de cithare, déploiement de sons fragmentés (ce jardin évoque ceux des Espaces inhabitables). Figures doubles (mouvement 4), travaille en jeux de miroir et d'oppositions. Enfin, le dernier mouvement, au titre éponyme de celui de l'œuvre, grande polyphonie, dure à lui seul autant que l'ensemble des mouvements précédents. Il montre avec force la possibilité d'une écriture polyphonique appliquée à l'électroacoustique. “ L'écriture, c'est-à-dire la manière d'échapper au temps, de pouvoir hors-temps résumer, organiser, imaginer, fixer quelque chose qui ensuite se réinsèrera dans un temps, dans un temps de jeu... Car c'est seulement en studio et par le principe de la fixation sur un support qu'on peut organiser et traiter des chaînes de sens bien différentes les unes des autres et que l'on va réunir en “tresse” ” (Bayle). Les mouvements précédents nous préparaient à notre insu au grand mélange ici à l'œuvre, en sept sections enchaînées — qui cherchent à faire “ entendre d'une façon musicale avec beaucoup de liberté, d'autonomie, la superposition des différentes voix. Toutes les plages de sonorités utilisées se rassemblent — depuis les plus artificielles et abstraites jusqu'à celles tout à fait concrètes qui vont des cris et chants d'oiseaux aux cris et chants des hommes ”.
F.B.