Paysage, personnage, nuage Son Vitesse-Lumière II
- Année 1980
- Durée 00:24:00
- Référence catalogue 73
- Concert
- œuvre stéréophonique
- œuvre suite
Paris, Maison de Radio France, Grand Auditorium
Cycle Acousmatique
Commande d'État
D'abord, ce son unique qui darde le temps : simple tenue grave et ronde qui enfle et désenfle légèrement, régulièrement, patiemment — et qui traverse la pièce de bout en bout (son interruption pendant près de quatre minutes ne nous empêche pas de continuer à la percevoir mentalement). Sensation d'une connexion ambivalente : est-ce don nourricier ou prélèvement de sang ? Activité létale ou vitale ? Cette activité perdurant fonde la durée, nous met en contact avec un en deçà du temps. Ici, comme le dit quelque part le compositeur, “ le temps est neutralisé ”. La durée nourricière dilate et noie les autres événements sonores qui apparaissent dans son horizon. Motifs divers, impacts sourds, bruissements, scènes “ethnologiques” — toutes choses qui se retrouvent flottantes et disséminées dans cette durée trop large pour elles, qui dissous à l'avance leurs nécessités individuelles propres. En contrepoint, la voix du compositeur, didactique et professorale, nous enseigne : “ Qu'est-ce qu'une image ? Interrogeons-nous, etc… ” — discours au fur et à mesure plus disloqué et atomisé — mué en matière sonore. D'autres voix s'élèvent : chants et apostrophes de “primitifs” qui hèlent le ciel, et dont les mélopées tournoient un moment dans l'air — comme des appels verticaux lancés depuis cette horizontalité ardente, déserte et illimitée.