Tremblement de terre très doux Erosphère II

 
  • Année 1978
  • Durée 00:28:10
  • Référence catalogue 66
  • Concert
  • œuvre stéréophonique
  • œuvre documentée
  • œuvre suite
Création


Paris, Maison de la Radio, Grand Auditorium
Cycle Acousmatique

Liste des morceaux

  1. 1 climat 1
  2. 2 transit 1
  3. 3 paysage 1
  4. 4 climat 2
  5. 5 paysage 2
  6. 6 transit 2
  7. 7 paysage 3
  8. 8 climat 3
  9. 9 paysage 4
  10. 10 climat 4 et transit 3
  11. 11 paysage 4
Notes

Cette deuxième pièce du cycle Érosphère, dont le titre est emprunté à Max Ernst, fut composée la première et intégrée au cycle par la suite. Sa composition suit chronologiquement celle de Camera oscura. Les onze mouvements quoique titrés séparément sont soudés, au contraire des pièces précédentes qui offraient des mouvements indépendants. Le tremblement de la transe, qu'on a déjà rencontré dans l'Expérience Acoustique et dans la danse du tremblement initial (Purgatoire), est devenu doux. Nous sommes passé d'une transe “africaine” à une transe “orientale”, maîtrisée, presque une transe véhicule.

Les mouvements sont répartis en trois familles : les climats, les transits et les paysages, interpolés les uns avec les autres. Ce qui est remarquable dans cette pièce, c'est la création d'une unité dynamique et dramatique par apposition de séquences “plates” et peu évolutives en elles-mêmes. Il y a ici un dramatisme par ruptures et bascules d'états — ou, pour employer un mot qu'utilise le compositeur : par catastrophes. L'ensemble apparaît comme “ un espace éclaté, avec des commutateurs, comme pour zapper d'une plage à l'autre ” (Bayle), découvrant des activités secrètes, des glissements nocturnes, et ramenant au flux initial des climats…

Les transits ouvrent sur des espaces énigmatiques de transferts audibles, aux aboutissements toujours différés ou suspendus, ponctués d'appels immobiles de voix féminine. Les paysages travaillent des images sonores et des atmosphères précises dont les significations exactes échappent. Ils culminent avec le paysage 3 : Là, nous sommes au plus proche : des voix, des pas précipités, des présences, une oppressante agitation — allons-nous savoir ?…

Les climats (1 à 4), noyaux insaisissables de cette douce transe, sont un tressage complexe et polyphonique mêlant à un flux électronique délicat, vibratile et chatoyant, des ponctuations sourdes, et des frémissements de sonnailles et de boules entrechoquées. Coulée sonore qui n'arrête pas de venir à nous, comme une source, ou comme des phénomènes naturels plus secrets : réactions chimiques, échanges gazeux, activités cellulaires, etc. Ils sont un nouvel exemple de ces “ sons débordants ” du compositeur, dont l'audition semble générer du “ temps ultérieur ” et qui permet ici une véritable structuration par le manque de l'ensemble de la pièce. Leurs interruptions sont autant de catastrophes (on continue de les supposer mentalement sans les entendre) qui suspendent l'écoute et l'aimantent à leurs retours.