1999 MAGISON 13 MGCB 1399

Jeîta

cd x 1
 
Liste des morceaux

Jeîta ou murmure des eaux

  1. 1 Murmure des eaux
  2. 2 Cloches fossiles
  3. 3 Murmure des abeilles de pierre
  4. 4 Bouche d'ombre
  5. 5 Rêverie de la multiplication
  6. 6 Le vaisseau Nadir
  7. 7 Oracle
  8. 8 Murmure des eaux
  9. 9 L'eau verticale
  10. 10 Ailleurs
  11. 11 Rêverie de la résonance
  12. 12 "Eau-forte"
  13. 13 Murmure des dentelles d'eaux
  14. 14 Intervalles d'eau
  15. 15 Écritures murmurées
  16. 16 Oracle
  17. 17 Murmure des eaux

L'infini du bruit

  1. 18 L'infini du bruit

Jeîta-retour

  1. 19 Oracle des eaux 1
  2. 20 Oracle des eaux 2
 
Notes

La parution d'un disque de François Bayle, tient du rendez-vous attendu, comme celle d'un film de Woody Allen.

On ne se demande pas si on va aimer, mais en quoi cela sera moins bon, meilleur ou différent du précédent.

Celui-ci est tout à fait magique. En 1970, Bayle enregistre tous les bruits d'une grotte pour le concert inaugural de son ouverture au public. Il y a dans son propos d'alors une étonnante fusion entre l'abysse et l'abîme, au sens vertigineux comme au sens miroitement infini du mot. Toujours la patte du maître, une fragilité obstinée qui se révèle d'une très grande force, par la puissance de la réflexion et de l'intelligence. A cette invitation vers les (nos) profondeurs de l'époque, Bayle a ajaouté les chatoiements d'une double archéologie (toujours le tréfonds, donc). La première en restaurant la bande d'époque avec le fabuleux système “Audio-Clean” de l'Ina-GRM, qui fait revivre le son sans le momifier.

La seconde archéologie consite à repartir de ce matériau pour réécrire une pièce d'aujourd'hui Jeîta-retour.

Quel contraste ! C'est pareil, ça n'a rien de pareil. L'évolution du matériel sert vraiment la maturité d'un artiste, le son se creusant, dans son propre matériau, vers des contrées plus vastes, plus graves (au sens sérieux comme sonore du mot) et plus profondes encore. On revit un beau vertige d'enfance, comme avec le si utérin “Voyage au centre de la terre” de Jules Verne.

La pièce L'infini du bruit (1980) fait un très bel intermède entre les deux époques de Jeîta, acide et très organique par ses spasmes et ses longs couloirs sonores (comme dans Jeîta-retour, d'ailleurs, les pièces ont du être retravaillées ensemble en 1999). Couloirs et spasmes, cela rappelle l'autre aîné talentueux du genre, Pierre Henry en ses portes et soupirs. Mais avec moins de drame et de puissance et avec quelque chose de plus mobile, de plus précaire, et par là plus moderne peut être… Par cette élégance furtive, Bayle est à la fois le renard du désert et son petit prince.

Jean Vermeil. / Répertoire des CD - n°128 - octobre 1999

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“… dès le seuil, les grottes répondent par les murmures et les menaces, … tout dépend de l'état d'âme de qui les interroge ” écrit le philosophe Gaston Bachelard.
Ainsi Jeîta présente en dix-sept études le portrait musical d'une grotte * dont François Bayle reçut commande pour un concert inaugural.
Dans le livret on trouvera les détails et les échos de cette insolite aventure, sous la plume des poètes Georges Shéhadé et Gérard Khoury, de Maurice Fleuret, ainsi que des notes de composition de l'auteur.
Ce CD présente aussi, avec L'infini du bruit, une autre image de l'espace des sons, qui “… comme des miroirs qui se regardent … ouvre la perspective auditive de leurs couloirs aux courbures infinies”.
Et avec Jeîta-retour, deux variations, quinze ans plus tard…